ASC – Théâtre « Hamlet, prince du Danemark » – Samedi 1er juillet 21H 🗓

Le Samedi 1er juillet, le Castelet Théâtre des Métamorphoses, qui apprécie énormément la salle des fêtes de Saint-Paulet et l’accueil chaleureux qui lui ait systématiquement réservé, est venu nous présenter la première de son nouveau spectacle « Hamlet, Prince de Danemark ». Léa Janseens nous propose, ci-après, une description très complète et critique de la pièce. Merci Léa pour ces recherches qui nous permettraient, lues préalablement, d’encore plus apprécier certains spectacles et surtout le travail colossal de tous ces artistes et auteurs. – S. Espinadel pour l’Asc

« Un bien grand défi car « Hamlet » est la pièce la plus populaire et très complexe du grand dramaturge William Shakespeare. Marco Vignole Brunet a adapté et écourté le texte original en mettant en avant les temps forts d’un point de vue dramatique et littéraire.

Le personnage central est Hamlet qui reçoit de son père, défunt, la mission de le venger. Le spectre de son père lui a confié la vérité terrible qu’il a été tué par son frère Claudius qui lui a volé sa couronne et sa reine, Gertrude. Dans le même temps, il a volé le trône à Hamlet, le prince héritier.

Comme un fil rouge, ce thème de la vengeance traverse toute la pièce, avec les feintes, les doutes et les tergiversations du jeune prince. En même temps, l’image souillée de sa mère l’a très affecté et le doute sur son éventuelle complicité dans le meurtre de son père, le hante. Mais Shakespeare n’a pas écrit un roman policier, il s’agit bien d’une tragédie dans la pure continuité des tragédies grecques.

Une tragédie « développe généralement une action mettant en scène des héros ou des personnages de rang social élevé, en vue d’émouvoir et d’instruire le spectateur, de provoquer sa terreur et sa pitié par le spectacle des passions humaines en lutte contre elles ou contre le destin. »

Nous voilà en présence des protagonistes qui prennent activement part à la tragédie qui va se jouer : le roi Claudius, frère du défunt roi ; la reine Gertrude, veuve du défunt roi ; Polonius, conseiller du roi et père d’ Ophélie, Ophélie, fille de Polonius et amoureuse de Hamlet ; et enfin, Hamlet, le jeune prince, figure tragique par excellence. Il y a aussi Laërtes, fils de Polonius et frère d’Ophélie qui va jouer un rôle très important dans la deuxième partie de la pièce. Et enfin, apparaît le personnage le plus pur, le plus élevé, Horace, l’ami fidèle de Hamlet.

La progression dramatique de la pièce :

Hamlet est partagé entre son chagrin d’avoir perdu son père et la honte du mariage de sa mère. Son remariage, un mois après le décès de son roi, semble vraiment indécent. Pour mener à bien sa vengeance, Hamlet simule la folie. Devant l’étrangeté de son comportement, son entourage se pose des questions sur sa santé mentale. Hamlet va même sacrifier la relation amoureuse avec Ophélie.

Hamlet est passionnément aimé par Ophélie. Dans quelle mesure ce sentiment est-il réciproque ? Ça reste incertain ! Mais c’est un amour contrarié puisque le père d’Ophélie, le conseiller du roi Polonius, déconseille vivement à sa fille de fréquenter Hamlet. Son rang social ne lui permet pas d’épouser un prince lui dit-il. Polonius craint surtout qu’Hamlet n’abuse de sa fille.

Hamlet va rompre avec Ophélie, non pas parce qu’il ne l’aime plus, mais pour être libre afin de remplir sa mission de vengeance. Ophélie, folle de chagrin, se noie dans une rivière. Accident ou suicide ?

Pour confondre le roi traître, Hamlet invite une troupe de théâtre à interpréter une pièce qui met en scène un meurtre. Le roi Claudius et la reine Gertrude, très perturbés, quitte le théâtre au moment crucial de la pièce. Hamlet est maintenant convaincu que Claudius est l’assassin de son père.

L’action s’emballe : Hamlet décide de tout révéler à sa mère. Pendant leur entretien, croyant que Claudius se dissimule derrière un rideau, Hamlet le tue. Hélas, il a tué Polonius.

C’est alors que Laërtes, fils de Polonius entre en scène ! Fou de rage et de chagrin, il cherche à venger la mort de son père. Avec le roi Claudius, ils mettent en scène un duel d’escrime pour faire croire à une mort naturelle. Le roi prévoit une coupe de vin empoisonnée si jamais le duel donnerait Hamlet gagnant.

Mais rien ne se passe comme prévu ! Les deux duellistes se tuent mais pas avant que Laërtes avoue à Hamlet les machinations morbides de son oncle. La reine Gertrude boit par mégarde la coupe empoisonnée et meurt.

Le dénouement de la pièce : l’honneur de Hamlet est sauvé. Il n’était pas un pauvre fou mais le fils digne qui a vengé la mort de son père. Mais à quel prix !? Au prix de sa vie ! Et les « dégâts collatéraux » sont nombreux… mais dans une tragédie, l’important n’est pas le nombre de morts !

La troupe et son metteur en scène nous ont régalés par une performance théâtrale de haut niveau. Certains passages étaient très émouvants, très forts, d’un point de vue de l’interprétation. D’autres manquaient de souffle, d’ampleur !

Le metteur en scène a voulu une mise en scène moderne, rythmée avec une scénographie sobre et dépouillée ! Un premier défi s’est posé : comment dégager une impression de cohérence et d’homogénéité d’une pièce qui a été écourté de moitié de son texte ! Comment effectuer les raccords entre ce qui devient, des saynètes ?

Pour ce qui est de la scénographie : au milieu de la scène se trouve des tréteaux couverts par des tissus blancs. C’est le seul élément de décor. Les acteurs bougent autour, disparaissent en-dessous et réapparaissent. J’ai trouvé cet ensemble un peu massif, encombrant et pas nécessairement fonctionnel. Devant le décor nu, je suis restée dubitative. J’aurais aimé quelques touches de couleur, quelques éléments décoratifs qui soutiennent mon imaginaire.

Le dialogue d’Hamlet s’adressant à Ophélie pour annoncer leur séparation, compte parmi les moments les plus poignants. Hamlet incarne l’être en souffrance, écartelé entre son amour pour Ophélie et sa loyauté envers son père assassiné. L’acteur est tout en résonance avec son personnage. Ailleurs, Claudius, le roi-traître, donne une grande densité à la veulerie et à l’hypocrisie dont il fait preuve. Les acteurs ne font pas que réciter un texte, ils l’incarnent.

Le dialogue entre la reine Gertrude et Laërtes, quand la reine raconte la mort d’Ophélie, constitue aussi un des moments majeurs. La poésie du texte, évoquant un fait si tragique, est sublime.

Un passage moins convaincant était la scène de l’apparition du spectre du roi défunt. Elle donne une impression de touffu, de surchargé. Il n’y a pas UN spectre sur scène, mais au moins cinq ! Tous enveloppés dans des tissus blancs, ils se promènent, en se marchant sur les bouts de tissus qui dépassent de leur tenue.

Je n’ai pas non plus été convaincue par le duel d’escrime entre Hamlet et Laërtes. Le duel se fait sur l’espace restreint des tréteaux !! Pourquoi ne pas utiliser tout l’espace scénique et donner plus d’ampleur à la scène ?

Malgré ces quelques passages un peu plus fables, la performance était vraiment convaincante et elle va sûrement progresser au fil des représentations. La mise en scène a tout à gagner en donnant davantage d’ampleur, de souffle et de respiration. Ce n’est pas par le volume sonore ni par la rapidité avec laquelle on débite son texte qu’on le fait exister mais bien par son incarnation.

Merci à la troupe du Castelet et à Marco Vignole Brunet.

Pour vous distraire… le texte « La mort d’Ophélie »… passage que je trouve très beau. 

(La Reine Gertrude à Laërtes) :

Au-dessus du ruisseau perche un saule

Il reflète dans les vitres des eaux ses feuilles d’argent

Et elle les tressait en d’étranges guirlandes

Avec l’ortie, avec le bouton d’or,

Avec la marguerite et la longue fleur pourpre

Que les hardis bergers nomment d’un nom obscène

Mais que la chaste vierge appelle doigts des morts.

Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient

Grimper pour attacher sa couronne florale ?

Un des rameaux, perfide, se rompit

Et elle et ses trophées agrestes sont tombés

Dans le ruisseau en pleurs. Sa robe s’étendit

Et telle une sirène un moment la soutint,

Tandis qu’elle chantait des bribes de vieux airs,

Comme insensible à sa détresse

Ou comme un être fait pour cette vie de l’eau.

Mais que pouvait durer ce moment. Alourdis

Par ce qu’ils avaient bu, ses vêtements

Prirent au chant mélodieux l’infortunée,

Ils l’ont donnée à sa fangeuse mort.

 

A bientôt pour d’autres découvertes…

-L. Janseens pour l’Asc

 

 

 

 

 

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